Quelques réflexions sur le devenir du Parti Socialiste

26 juin 2009

Je tiens à vous faire part de quelques réflexions personnelles sur le devenir du Parti socialiste après les résultats très mauvais des élections européennes.

  1. Ne pas se précipiter et tirer des conclusions hâtives qui ne feraient qu’aggraver le mal. Dédramatiser la situation, qui certes est très préoccupante, mais loin d’être désespérée.
     
  2. Tirer un bilan des erreurs commises à court terme, dans la campagne :  
  • vouloir contrer le NPA, le Front de gauche et… Bayrou dans l’affichage anti-sarkosiste était une erreur manifeste. Cela ne constitue  pas une position crédible pour prétendre gouverner le pays (je renvoie aux réflexions plus bas sur les leçons à tirer du long terme). Les Français ont sanctionné, ce qui ne veut pas dire qu’ils approuvent l’UMP et qu’ils désapprouvent toutes les idées du PS, qui en  a quand même quelques-unes de valables
  • établir des listes au niveau de la direction nationale, sans tenir compte suffisamment de l’avis des membres dirigeants du PS par grandes zones de scrutin était aussi une erreur. Il aurait fallu demander aux sections départementales concernées dans chaque zone de se concerter dans un premier temps entre elles, indépendamment des courants du PS au niveau national, pour établir des projets de liste régionale. L’UMP a pris plus de temps pour établir des listes élargies aux différentes composantes de la droite dans chaque secteur, ce n’était pas forcément une bêtise. La direction du PS a tranché trop vite et trop brutalement ; parachutage de Vincent Peillon contre son gré dans le sud-est
  • c’était surtout une erreur de ne pas avoir rétabli, au préalable, l’unité du parti sur la seule base possible non contestable : le poids réel des différentes motions au début du processus du Congrès. Tout le déroulement du Congrès a été exécrable et penser que l’on pouvait faire l’impasse sur ses conséquences était une grave erreur. Or la composition de la direction n’est pas conforme au poids réel des différentes motions, certaines fractions sont surreprésentées, d’autre sous –représentées. La direction du PS va être maintenant bien obligée de s’appuyer sur l’instance délibérative nationale tenant compte du poids réel des différentes motions acté par le vote des militants
  • si cela avait été fait AVANT LE SCRUTIN, il aurait été possible de se concentrer pendant deux mois (avril – mai) sur les élections européennes proprement dites et de demander aux militants de faire campagne sans aucune arrière-pensée sur le projet du PS qui existait bel et bien et a donné lieu dans notre section à une très utile et intéressante présentation. Donc il n’était pas judicieux de laisser le doute s’installer, malgré les déclarations de principe en faveur de l’Europe de Martine Aubry et d’autres, ce qui a fait fuir les électeurs PS europhiles vers les listes Europe-Ecologie : le positionnement du PS dans la campagne était beaucoup trop « national » (contre Sarkozy et le capitalisme, donc semblable à celui de Mélenchon) ; or le discours anti-Lisbonne (donc finalement anti-européen) de Mélenchon n’est pas compatible avec la vocation européenne du PS. Faire avancer l’Europe sociale n’est possible que dans le cadre de Lisbonne, certes très imparfait et même critiquable sur certains points majeurs. Le PS aurait du assumer sa position plus nettement et dire très clairement qu’il soutient une nouvelle avancée sociale de l’Europe (ce qui suppose l’adoption de Lisbonne, qui lèvera en partie l’impuissance politique de l’Europe) et qu’il essaiera de peser sur les décisions du Parlement européen (la seule chose qui dépend en partie de lui, car le PS ne peut peser sur les décisions prises par le gouvernement français au sein du Conseil, ni sur celles de la Commission)

3. Faire un retour en arrière pour pouvoir se projeter dans l’avenir :
 

Deux points méritent d’être soulignés , le premier concerne ce que j’appelle les bases idéologiques du PS, le deuxième concerne l’expérience de gouvernement de la gauche qui assure pratiquement la direction du pays de 1981 à 2002, malgré les deux cohabitations sous Mitterrand et malgré le début du septennat de Chirac. Car la droite, divisée (Chirac-Giscard, puis Chirac-Sarkozy) et affaiblie par le poids de l’extrême droite, n’a jamais eu le temps de se mettre en ordre de bataille. Si la gauche a réussi à gagner des élections intermédiaires, parfois de façon magistrale (les précédentes européennes, les dernières régionales, les dernières municipales) cela tient en partie à l’héritage des ces divisions de la droite aux niveaux local, régional, où elle n’a pas pu remettre de l’ordre tout de suite : exemples encore probants à l’heure actuelle, les deux annulations de scrutin municipal à Perpignan et Aix en Provence.  La droite est maintenant en ordre de bataille. Gagner des scrutins locaux, régionaux sera beaucoup plus difficile. IL EST DONC INDISPENSABLE DE REGAGNER UNE CREDIBILITE AUX NIVEAUX NATIONAL ET EUROPEEN LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE (ce qui ne veut pas dire de manière précipitée) SI L’ON VEUT SAUVEGARDER LES BASES REGIONALES ET MUNICIPALES.

Sur les bases idéologiques du PS.

Elles ont été conçues dans la période 1920 (Congrès de Tours) – 2000. Cette période, que j’appelle celle de la violence aveugle et irréfléchie est marquée par deux évènements planétaires majeurs : en 1945 la bombe d’Hiroshima, qui consacre la victoire de cette violence aveugle et réfléchie après deux conflits mondiaux catastrophiques, en 2001 la tragédie de New-York qui consacre en fait la fin de ce choix en faveur de cette violence aveugle et obscurantiste. AL Quaida a définitivement échoué et donc le terrorisme aveugle aussi. L’Amérique, qui n’est pas mise à bas, après une première réaction qui se situe dans le droit fil de ce choix de la violence antérieure, évolue vers la recherche de compromis avec ses ennemis.

Durant la même période, la fondation de l’Europe se fait en faveur de la paix par la réconciliation franco-allemande et donc en faveur de la recherche de compromis (avec la Russie, les pays méditerranéens et le Moyen Orient.)

Partout les dictateurs finiront par reculer. Ils ont disparu en Grèce, Espagne, Portugal. Ils finiront pas disparaître dans les pays arabes, non pas au profit des fondamentalistes mais de musulmans modérés.  Un problème majeur doit être résolu ; celui de la Palestine et d’Israël . Sur ce sujet je propose une union (si elle est possible) avec la droite européenne.

A mon sens, il n’est pas possible de garder une vision de la société telle qu’elle existait, brutale, dans les années 1930 – 1960. Il faut sortir du manichéïsme : d’un côté les classes populaires exploitées, de l’autre les capitalistes affreux. Il y a certes  bien des pays où ce schéma s’applique encore, comme en Chine , par exemple, où les révoltes innombrables des paysans, mingongs, étudiants, intellectuels sont passées sous silence, mais commencent à être prises au sérieux par le pouvoir et où les potentats locaux ne pourront plus indéfiniment tyranniser les populations.

Le PS doit revoir ses bases idéologiques en Europe : cela suppose d’abord l’appel à la citoyenneté, donc la responsabilisation individuelle, le refus de tout collectivisme ou communautarisme (il faut donc répudier la notion de « lutte de classe » qui est devenue totalement inopérante et porter l’adoption de la laïcité, valeur fondamentale de la gauche, comme une valeur européenne ).

Il faut accepter de dialoguer avec le pouvoir économique (c’est à dire de faire des compromis) comme avec la droite (bien montrer le chemin de gauche différent du chemin de droite, mais ne pas s’opposer systématiquement sur tout ). Sur certains points essentiels, il est nécessaire de parvenir à des compromis : les retraites, l’éducation, la santé. Proposez des solutions aux Français en disant clairement, par rapport aux mesures, en partie anti-sociales, de la droite (je dis bien en partie anti-sociales, car elles ne sont pas que des mesures anti-sociales) ce qui serait supprimé, revu, si la gauche revenait au pouvoir, mais aussi ce qui serait conservé (sans craindre les cris d’orfraie des syndicats corporatistes, je pense autant aux médecins qu’aux fonctionnaires ou aux lobbys professionnels). Ainsi on sera bien obligé de faire évoluer les conditions des retraites dans un sens moins généreux, compte-tenu du vieillissement de la population.

Il  faut surtout forcer l’allure sur les nouvelles bases idéologiques du PS : le choix prioritaire de la protection de la planète, donc le droit des générations actuelles (garantissant celui des générations futures) à l’environnement le moins détérioré possible. Montrer la duplicité de la droite sur ces questions, car le libéralisme économique favorise systématiquement la dégradation de l’environnement.

Il est incompréhensible que le PS n’ait pas davantage privilégié les thèmes « socio-environnementaux » : droit à la culture (donc connaissance de la planète), à la santé (donc lutte contre toutes les pollutions, y compris le bruit), à la formation (donc à la participation de chacun à l’édification d’une « société durable » – sur ce point, il vaudrait mieux, plutôt que critiquer, proposer des améliorations aux dispositions du RSA, certes contestable en ce qu’il favorise les salaires de misère : par exemple, proposer un mécanisme qui favoriserait les entreprises jouant vraiment un rôle social , on pourrait envisager un RSA ciblé sur les entreprises d’insertion.

Encore une fois , tout cela existe souvent dans les projets du PS, dans les choix faits par les élus locaux du PS, dans les programmes d’action municipaux … Mais ce qui est mis en avant est une rhétorique surannée.

Il faut donc faire une pause dans le combat des chefs, se donner un rythme soutenu de grandes conventions refondatrices, où pourront intervenir tous ceux qui seront intéressés (notamment les alliés anciens du PS – Verts, PC, radicaux de gauche , les nouveaux possibles, les associations, les simples citoyens… De là devrait sortir un programme de gouvernement, négocié au préalable avec les partenaires de la gauche élargie.

Cela suppose évidemment d’ouvrir le PS pour augmenter le nombre d’adhérents, de définir une procédure élargie de désignation du candidat de la gauche à la présidentielle, faisant appel aux sympathisants. La gauche ne pourra emporter la prochaine élection présidentielle que si elle arrive en tête à l’issue du premier tour, coup de tonnerre fatal pour la droite. Cela est possible si la gauche est réunie. Il faut donc un compromis qui englobe le maximum de forces à gauche et au centre gauche dès le premier tour, avec, dès le premier tour, un programme de gouvernement clair .

J’ai bien l’impression de me laisser emporter par mes rêves. Est-ce pourtant bien sûr ? Ce futur souhaitable est tout à fait réalisable, si la confiance l’emporte sur la défiance au sein du PS.

Le PS a du se construire au XXème siècle dans une société de défiance, voire de duplicité : Mitterrand a su maîtriser ce « système de la défiance » qui s’imposait au monde violent et défiguré. L’avenir auquel aspirent les jeunes générations est moins violent, il reprend une idée de la Révolution française sur le « droit au bonheur » (hélas lancé par ceux là même qui utilisaient la violence « révolutionnaire », contredisant leur propos). Le PS ne pourra pas convaincre les citoyennes et les citoyens s’il reste dans ce système de la défiance. Il faut proposer au peuple des idées nouvelles, fussent-elles utopiques, mais des idées concrètes qui portent à la confiance sinon à l’exaltation.

Par Jean-Jacques Dubois, section PS Lyon 1er-4ème.

Un commentaire pour “Quelques réflexions sur le devenir du Parti Socialiste”

  1. bonjour,
    j’apprécie de lire une analyse détaillée sur
    les elections européennes ,sur le site de la fédé.
    car cette meme fédé , est bien silencieuse et
    inaudible en terme d’animation politique.

    alain


    alain bassier,villeurbanne